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08/12/2006
Ségolène Royal : naissance et fin d’un mythe
| Une fois n’est pas coutume, allons droit au but. Je ne vous ai jamais parlé du Benito Report et c’est un tort. Attention : il ne s’agit pas du dernier blockbuster à la mode outre-atlantique, et encore moins des confessions sur le divan de notre «bien aimé» pontife… Non, comme son nom ne l’indique pas, The Benito Report est un blog qui croque et décortique la vie politique française. Avec un regard, un ton et un style des plus acerbes qui me plaisent au moins tout autant que les désaccords de fond que j’ai avec ses différentes plumes. Parmi elles justement, un certain Cycéron chronique régulièrement, et en audio s’il vous plait, les turpitudes de notre chère cité. | | |
| Intitulée « Sacrée Ségo », la dernière en date et ci-dessus met l’accent sur la symbolique mise à pied d’œuvre par la Dame du Poitou pour ravir l’Elysée et le cœur de Français. La chose est indéniable mais, non tantum sed etiam, mérite discussion. En voici le fruit qui, après ma tentative de déconstruction de la royale démagogie il y a 6 mois, décrypte la naissance d’un petit mythe en même temps qu’il en annonce la fin tragique. | ||
Visiblement, elle a bien saisi, dans la population :
- le ras le bol des hommes (et femmes?) en place depuis des lustres et qui promettent de faire ce qu'ils n'ont pas fait jusqu'alors ;
- le besoin de nouvelles têtes et de renouvellement, surtout dans la forme ;
- l'attente d'une méthode qui ressemble à la démocratie;
- l'envie (et pas le désir..) d'un discours qui s'affranchisse un peu de la rhétorique politique et politicienne;
- le besoin d'un propos supposément universaliste en même temps que concret et proche des gens.
En soi, rien de révolutionnaire et beaucoup de populisme, forcément. Un populisme qu'on retrouve chez les autres, Sarkozy au premier chef. Mais à la différence des ténors en place et ce qui crée l'une des nouveautés, Ségolène est et a été moins exposée que ses homologues ou rivaux. Mieux, elle arrive à piocher dans tous les populismes, de droite comme de gauche. Ce que personne n'a fait depuis un bon moment. Bayrou à un positionnement un peu semblable. Du moins il essaie mais il a beaucoup de retard (trop) à rattraper, un passé fortement connoté et un discours...moins populiste.
C'est cette nouvelle manière de surfer sur les vagues populaires qui l'auréole d'un certain engouement. Le tout, comme le souligne Cycéron, très bien servi par la symbolique. Problème, et non des moindres, tout ceci reste parfaitement superficiel et en creux.
Faire un diagnostic pour proposer ensuite des mesures, c'est bien. Mais quand ce diagnostic se limite à la seule opinion populaire au lieu d'embrasser la société dans son ensemble...c'est très inquiétant. Car si un homme ou une femme politique se doit d'être à l'écoute de l'opinion, il ou elle doit aussi être au fait de l'état de la société...et avoir des billes à proposer. Ce qu'on appelle un programme. Or et avec elle, quid de l'économie, du lien social, de l'environnement, de l'aménagement du territoire, de l'éducation, de l'Europe, de la politique internationale, etc ? Rien, nib, queud chie. Cette quasi absence de programme n'incombe pas qu'à la seule Ségolène. Mais aussi à son parti, bien sur. Ce qui lui incombe en revanche, et qui caractérise les hommes ou femmes d'état, c'est une vision et un projet. Et là encore, rien, le néant, l'absolu degré zéro de la platitude.
La symbolique est une arme redoutable, in memoriam Bourdieu, en effet. Mais elle finit toujours par retomber quand elle ne sert aucun message et qu’elle repose sur du vide. C’est tout le pari de Ségolène Royal qui ne tardera pas à être démythifiée. Au risque, sinon d’incarner LA femme politique, de devenir l’autre « putain de la république ». Celle qui aura porté les espoirs et « désirs d’avenirs » de certains au non de la cité, avant de les remiser au dortoir de l’utopie.
Cette démythification est déjà en marche, inéluctable. Et lourde sera la chute, pour elle comme pour ceux qui lui auront accordé leur confiance et leur espoir. Si elle perd en 2007, on lui reprochera aussitôt tout ce dont on l'avait gratifié avant. Sa "proximité avec le peuple" (re)deviendra démagogie ou populisme. Ses talents de "surfeuse" se transformeront en ligne politique trop floue, sa posture de "femme-mère-blanche colombe" renouera avec celle de l'ingénue rigide, incapable d'incarner et d'occuper le pouvoir. Sa popularité médiatique tutoiera la coquetterie narcissique, etc. C'est alors toute la misogynie et la mauvaise foi du monde qu'on lui donnera en aumône.
La liste est longue et remplie de "dossiers" qu'on lui jettera à la figure. Et celle qui était jusque là l'héritière "moderne et féminine" de Solutré, couvée par Attali en même temps que redoutée par les putatifs gaulliens...se retrouvera bien seule et déshéritée. Finalement, de la rose, on ne retiendra que les épines.
A l’inverse et si elle gagne en 2007, le résultat risque d'être identique mais prendra un peu plus de temps. D'abord parce qu'il lui faudra bien s'entourer. Pas évident vue la foire d'empoigne de la campagne et, quand même, les vraies divergences de fond. Le PS a beau afficher une union de façade, tout ceci ressemble davantage à de la solidarité et à de l'esprit de camp qu'à un Epinay revisité. Et comme elle ne semble pas en mesure de réitérer l'exploit mitterrandien, le tableau risque d’être théâtral quand il s'agira d'attribuer les maroquins... Là, les conséquences des primaires vont faire mal à coup sûr.
Ensuite, il lui faudra appliquer le « programme » du PS, programme dont elle n’a pour ainsi dire pas prononcé un seul mot jusqu’à maintenant. Toutes les sorties qui ont fait parler d’elle et l’ont propulsée dans les sondages ne figurent pas dans le projet du parti. Pendant les primaires, elle n’a fait que se démarquer pour défendre sa candidature et rompre avec ses homologues. Mais lorsqu’elle sera « en situation » comme elle le dit, c’est le programme qu’il lui faudra défendre et mettre en œuvre. Et plus son égo de candidate.
A ce moment là, deux options vont se présenter. Soit la société française s’américanise jusqu’au bout et oublie les raisons de son vote…Soit elle reprend pied et c’est l’effet Mauroy assuré !
Enfin et c’est là le plus important, ses marges de manœuvre, comme celles de tout autre candidat de droite comme de gauche, seront extrêmement limitées. Et c’est là que les « vraies questions » vont se poser, avec un facteur chance ou malchance des plus sérieux : la conjoncture.
Favorable, elle lui permettra de peaufiner son bilan en saupoudrant l’économie de quelques mesurettes de relance de la consommation et/ou de l’investissement, en noyant le poisson des retraites, de la sécu, de l’insécurité sociale,… Sans oublier de glacer le tout d’une petite touche culturelle et sociétale. Mais pour combien de temps, pour quels résultats et pour quelles conséquences ? Subira-t-elle à son tour le syndrome Jospin ? La structure de l’économie française en sera-t-elle durablement modifiée ?
Défavorable, la chute sera encore plus rapide et le deuxième effet Mauroy pointera le bout de son nez…Il restera bien sur quelques affichages sociaux et « libéraux » sur le plan sociétal. Mais rien de très concret ou de véritablement efficace pour résoudre les problèmes structurels français. Si au passage, quelques avancées se font jour de ce point de vue, tant mieux. Mais que restera-t-il de nos amours Ségoliens après tout cela ? Peu voire rien, au même titre qu’il restera peu de choses de la période Chirac...
Dans un cas comme dans l’autre, la capacité de la madone à changer la donne semble très faible. Cela ne s’applique pas qu’à elle, vu le contexte, mais c’est là la vraie question. A laquelle elle répondrait sans doute : "je ferai ce que voudront les Français".
On est pas rendus...
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En savoir plus
The Benito report
La Chronique de Cycéron "Sacrée Ségo"
Voir aussi
Ségolène ou la royale démagogie
21:35 Publié dans Ailleurs sur le web, Sur le vif !, Vie de la cité |Politis | Lien permanent | Commentaires (2) | Envoyer cette note | Tags : Ségolène Royal, Politique, Election présidentielle, Bénito report
Commentaires
Comment choisir entre une buse et un dangereux ?
Ecrit par : le_poulpe | 11/12/2006
Je ne suis pas sûr que l'une soit une buse. En revanche, l'autre est effectivement dangereux.
Quant à choisir, la question ne se pose malheureusement pas !
Ecrit par : 6mic | 12/12/2006
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