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19/10/2006

Le monde de demain

Les religions nous promettaient déjà une vie après la mort. Une vie forcément plus heureuse, plus libre et plus riche que notre bonne vieille vie de terriens. Une vie dont l’horizon annoncé devait, à coup sur et à coup d’axiomes théologiques, amenuiser nos capacités de résistance à l’oppression sociale et symbolique. Une vie dont la promesse incertaine, mais soigneusement assénée durant des siècles, a posé les fondements de nos sociétés médiévales, monarchiques et capitalistiques. Progrès de la science, perte des repères ou tout simplement victoire de l’individualisme comme paradigme et creuset dissolvant de nos sociétés libérales, la promesse commence sérieusement à faire long feu. Une faillite que d’aucuns tentent depuis quelques années de sauver à des fins terroristes, mafieuses ou politiques, c’est idem… Mais qui demeure un échec.

Car ce qui nous intéresse et nous motive aujourd’hui, ce n’est plus l’éventualité d’un bonheur ultime, invérifié et par définition invérifiable. Non, c’est bien le présent, l’immédiat et l’instantané, promptement sommés de nous rassurer et de nous divertir au quotidien.


Nous rassurer car seul le futur proche, ramené à quelques semaines, mois ou années,  peut être envisagé. De quoi demain sera-t-il vraiment fait ? Environnement, santé, retraites, guerres à répétition… Trop d’incertitudes pèsent sur nous. Ce qui nous fait tenir ? Des choses bien plus concrètes que la promesse d’un paradis vertueux et évanescent : un boulot, un logement, une famille, des amis, etc. Conçu et vécu pour nous rassurer, ce présent l’est aussi pour nous divertir, au sens de Pascal. Car les inquiétudes demeurent, pesantes et anxiogènes. Qui structurent peu ou prou nos journées et doivent à tout prix ne pas être entendues, envisagées ou même tutoyées.

Des peurs que l’on confie, dissout et compense auprès de divinités ou mythes modernes. Les écrans plasma, baladeurs MP3, téléphones mobiles et autres gadgets technologiques. Les sites Internet, blogs et autres outils communautaires parfaitement « tendance » dans le monde du web et méga bat dans le microcosme de sa version « 2.0 ». La « real TV », les séries télé, le voyeurisme latent, les films catastrophes. Les marques, les médias, la publicité, la communication…et même la politique. Tous ces avatars d’un consumérisme palliatif ne sont certes pas nouveaux. Mais leur cycle de renouvellement s’intensifie chaque jour un peu plus, leur profusion force davantage l’accoutumance qui, à coup de répétitions et de changements de formes, finit par devenir naturelle et sans aucune résistance. Malraux avait tort, notre siècle n’est ni spirituel ni religieux ni mystique. Il est communicant (sic) et névrosé. Poreux aux mythologies et à l’inconscient collectifs.  Forcément spectaculaire et donc marchand…

Un siècle spectaculaire en ce sens qu’il accueille, façonne et orchestre un sas entre une certaine réalité et la perception que nous en avons. Un sas déformant, magnifié, mystifié, idéal ou léché par procuration. Divertissant. Un siècle marchand car le commerce a vite saisi l’opportunité d’investir et d’institutionnaliser ce besoin de spectacle et de représentation à ses propres fins. Ce que l’on voit, ce que l’on sent, ce qu’on entend ou ce qu’on lit est bien plus souvent la production d’un système et l’image voire le symbole d’une chose que la chose elle-même. Ce que l’on voit, ce que l’on sent, ce qu’on entend ou ce qu’on lit ne s’approche ni ne se touche jamais véritablement. Mais s’achète presque toujours. Et c’est là toute l’habileté des marques, des communicants et autre pubards qui ont repris à leur compte la promesse d’une monde meilleur. Mais ceux-là même qui ont investi le spectacle dont ils utilisent les ressorts ont aussi intégré l’échec d’un paradis promis mais assez vite perdu.

Ce monde meilleur qu’ils nous proposent, censé nous appartenir et supposément à notre image, n’est pas pour nos obsèques. Il est pour tout de suite, maintenant, et dans les meilleurs points de vente…

Illustration, très prochainement.

Commentaires

La dictature du "Bonheur" on appelle ça.

Je te corrige légèrement. La promesse d'une vie au-delà de la mort n'était pas, essentiellement pas, dans notre société judeo-chrétienne basée sur la certitude d'un bonheur... Au contraire, les religions, et particulièrement le catholicisme, le protestantisme et le judaïsme (en France), ont infléchi la liberté des peuples, des individus en les menaçant d'un accès direct en enfer.. Se soumettre au pouvoir séculaire impliquait la menace, la peur, la trouille: "Si tu me fais du mal à moi ton seigneur, tu iras en enfer crétin."

A partir de la rennaissance, la découverte d'un immense continent et l'ouverture du champs des possibles, ce château s'est effrité puis, il s'est effondré... Ou presque...

Car si le capitalisme promet le bonheur tout de suite et maintenant sur des affiches et dans les spots publicitaires, ce système graisse lourdement la patte, aussi, à quelques idéologues et poiliticiens de la peur: Le capitalisme est fondé selon les mêmes principes que les grandes religions monithéiste... Sauf que cette promesse (tu ne pêcheras point et t'irai te pécho tout ce que tu veux au paradis) est inscrite dans l'immédiat... Si tu es victime de notre système, écrase toi ou nous t'écraserons.

Les valeurs du capitalisme sont les mêmes que celles du christiannisme, le judaïsme et l'Islam: travail, famille, crainte du pécher...

Mais au lieu d'attendre de mourir, nous pouvons maintenant goûter cette sublime injustice tout de suite et maintenant: les élus iront au paradis... Les autres iront crever en enfer.

Ecrit par : Andy Verol | 20/10/2006

Arrête Andy, on va bientôt nous qualifier de Bruckneriens ;).

Plaisanteries mise à part, je pense que tu as éludé tout comme moi un pan entier de ce paradigme religieux et sociétal. Car si j'omets la menace, tu sousestimes la promesse.

Pourtant, l'un et l'autre vont de pair. La simple menace n'aurait eu aucun effet sur les populations si elle n'avait été assortie d'une forme de récompense. Une récompense-promesse sur le mode : "votre vie du moment est pourrie mais rassurez-vous, les premiers seront les derniers et Dieu vous le rendra au centuple..."

A quoi bon brandir le purgatoire et les chaudrons de l'enfer pour imposer le respect de l'ordre social si, par ailleurs, aucune issue salvatrice n'est proposée ? Un tel message univoque aurait conduit à former des hordes de têtes brulées n'ayant strictement rien à perdre... et prêtes à tout pour balayer la cité et réclamer leur part du gateau...

C'est peut-être ce qui s'est passé avec l'avènement des Lumières et, je te crois, de la renaissance avant cela. C'est peut-être ce qui se passe aujourd'hui avec des gamins désoeuvrés que rien n'attend. Au fond, ces mômes qu'on stigmatise à grand renfort de JT ou de démagogie politique ne font rien d'autre que de mettre à mal le pari pascalien.

Pascal disait un truc dans le genre : si vous ne croyez pas et que dieu existe, vous aurez tout perdu. Mais si vous croyez et que dieu existe, vous aurez tout gagné. Ce à quoi on peut facilement répliquer : mais si on croit et que dieu, c'est-à-dire la promesse, n'existe pas...alors on aura vraiment tout perdu... Aujourd'hui et heureusement, la question est plus concrète : que nous propose et que propose la société à des gamins qui les fasse espérer pendant qu'ils rongent leur frein au ban de la société ? Plus concrète mais malheureusement d'une réponse si évidemment négative...

Toujours est-il que l'habileté des différentes églises et sociétés baties sur leurs fondements repose sur un habile maquillage du paradigme religieux... en dogme moral. Ou comment incarner et concrétiser dans la vie de tout un chacun un message effrayant ou rassurant, tantôt la menace tantôt la promesse, en comportements sociaux bien réels.

L'enfer ou le paradis, le bien ou le mal étaient sans doute des notions trop abstraites pour être entendues et intégrées sur la durée. Il fallait donc leur donner vie et les assoir via des repères, des rites et autres manuels clés en main. Aujourd'hui, ces rites ont glissé du spirituel au marchand. Là ou je te rejoins, c'est sur l'absence de promesse envers certains. Le commerce n'en a que faire mais la société dans son ensemble ne s'en préocuppe pas davantage.

Pourtant, je trouve ça effrayant.

Ecrit par : 6mic | 20/10/2006

Je suis d'accord avec ce que tu dis. Tu n'as pas compris mon propos. Je n'ai pas dit qu'il n'existait qu'une menace, j'ai parlé avant tout d'une injustice (qu'elle glisse du religieux au marchand, peu importe). Cette injustice est la suivante: cette promesse de Paradis est assortie des menaces nécessaires pour que personne ne puisse contester son existence. On ajoute à la promesse, le doute. "Et si c'était moi qui avait tord avec l'existence de Dieu?"

La chose se pose de la même façon aujourd'hui. "Si je n'accepte pas le système actuel, est ce que je ne risque pas de me trouver au ban de la société, en enfer?"

L'idée du pécher...
Les nouveaux commandements sont les mêmes que ceux édictés séculairement... Ces commandements sont la loi, et l'unique chemin à empreinter pour atteindre le paradis.

Ce n'est pas une promesse: C'est une réalité. Si tu crois au péché, tu crois au Paradis. Il existe de façon irréversible et inexorable.

Le paradis "capitaliste", c'est devenir milliardaire, posséder et jouir de tout ce que l'on possède. Tout le monde le voit: ça existe vraiment. ça existe... Mais ils ne seront pas tous les élus. Il faudra être parfait. Il faudra être irréprochable...

Le problème est simple: remettre définitivement en cause l'existence de Dieu, c'est accepter d'acceder à l'enfer... C'est la responsabilité de celui qui lutte contre un système, un pouvoir, une suprématie. Celui qui conteste le seigneur est l'ami du Diable, selon les clergés.

Le capitalisme actuel atteint une forme de maturité. Après la seconde guerre mondiale, les élites ont très vite compris que ce système allait très vite imploser dès lors que les Peuples se soulèveraient.

Il a donc fallu utiliser la force. Uniquement la violence pure. La destruction massive pour sauver le système: embargos, guerres locales, menace nucléaire, guerre froide, "guerre des civilisations", "guerre des étoiles", "lutte anti-terroriste", politique "zéro tolérance", etc. une religion qui vieillit ne se fonde plus sur l'espoir de lendemains meilleurs. Elle ne peut perdurer, pour les élites (du clergé capitaliste que sont les grands patrons d'entreprise) qu'en développant un message puissant qui assomme durablement les vélléités de ceux qui ne reconnaissent plus cette religion.

Si le paradis est une réalité, l'enfer devient alors une promesse pour qui osera contester l'existence de ce Dieu des élites économiques et politiques.

Le christiannisme a survécu, au-delà de la rennaissance, que par cette façon de faire... Autant le christiannisme des premiers temps était une promesse (contre les élites polythéistes romaines), autant le christiannisme moderne a utilisé les armes les plus charcutières pour faire plier les Peuples. Ainsi, la notion de "racheter" son salut, les chasses aux sorcières, et les guerres régies par l'absolutisme est apparue en réaction aux premières contestations massives du système via la Renaissance.

Bref... Trop long... J'en écrirais un bouquin.

Bye.

Ecrit par : Andy Verol | 20/10/2006

Bon les enfants quand vous aurez fini de vous toucher la bite , on pourra p'têt enfin passer à table.

Ecrit par : Boby Ewing | 25/10/2006

Mon cher Bo By Ewing, Sue Ellen est encore ivre et n'a donc pu mettre la table. Il va falloir repasser ! En attendant, vous me réciterez trois avé Debord et quatre Pater Bourdieu.

Ecrit par : 6mic | 26/10/2006

Amen ton cul qu'on s'boive des bières.

Ecrit par : Bo By Mc Ferrine | 26/10/2006

Des bières ? J'avoue ma préférence pour un bon glogg des familles. J'en profiterai pour faire mon festen à moi !

Ecrit par : 6mic | 26/10/2006

Mais d'ici là, je t'invite à parcourir cet endroit en long et en long. Commentaires bien venus (propos gériaphages non admis).

Ecrit par : 6mic | 26/10/2006

C'est tellement vieux, la religion (ça a commencé avec le soleil), que c'est à se demander si ça ne participe pas de la définition de l'humain.

A noter que certains voeint dans la religion un produit de la sélection naturelle... et que cette idée se défend bien...

Allez faire un petit tour là :
http://www.iforum.umontreal.ca/Forum/2006-2007/20061002/AU_2.html

Ecrit par : le_poulpe | 30/10/2006

Mais mon petit poulpe, tu ne rigoles pas du tout on dirait ;).

Je vais aller sonder cet article, merci !

Ecrit par : 6mic | 02/11/2006

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